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Un Plan national pour la Science Ouverte a été dévoilé le 4 juillet dernier par la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, Frédérique Vidal. Ce plan reprend les préconisations formulées par l’Union européenne dans l’Amsterdam Call for Action on Open Science en 2016. Mais qu’est-ce que la Science Ouverte ? La Science Ouverte est un mouvement international qui défend l’idée que la science est un bien commun et qui encourage donc « une approche transversale de l’accès au travail scientifique, des visées du partage des résultats de la science mais aussi une nouvelle façon de FAIRE de la science en ouvrant les processus, les codes, les méthodes » (DIST-CNRS, Livre blanc – Une Science ouverte dans une République numérique, 2016). L’idéal d’une Science Ouverte se concrétise petit à petit grâce à des politiques publiques en faveur de l’Open Access. L’expression « Open Access » peut être traduite en français par « libre accès à l’information scientifique et technique ». L’objectif du mouvement de l’Open Access est de « rendre accessible gratuitement, en ligne, toute production issue d’un travail de recherche » (ENSSIB, 2012). Une Science Ouverte, c’est donc faire en sorte que les publications scientifiques et les données de la recherche soient ouvertes « à tous, chercheurs, entreprises et citoyens, sans entrave, sans délai, sans paiement » (Plan pour une Science Ouverte). Une Science Ouverte est censée avoir des retombées positives tant pour la recherche et les chercheurs que pour la société toute entière. Mais les obstacles à surmonter sont encore nombreux.

Dans ce second numéro de Didak’TIC, nous commençons par définir l’information scientifique et technique (IST) et par présenter des acteurs de l’IST encore trop souvent méconnus : les URFIST. Ensuite, nous vous proposons un dossier qui revient sur les principaux enjeux de l’Open Access (page 13). L’Open Access, en ce qui concerne les publications des chercheurs, n’est plus à présenter et est aujourd’hui bien installé dans le paysage de la recherche française, notamment avec HAL – qui compte parmi les principaux réservoirs mondiaux de contenu IST –, et avec l’émergence de nouveaux modèles de publication comme les épi-revues. En 2016, l’article 30 de la loi pour une République numérique est venu renforcer la dynamique de l’Open Access en France, inscrivant dans la loi les recommandations de l’Union européenne en la matière. Cependant, même si le modèle encore prépondérant de l’abonnement est en déclin, les grands éditeurs commerciaux ont plus d’un tour dans leur sac et ne sont pas prêts de dire adieux à leurs profits colossaux ! En effet, ceux-ci investissent depuis quelques années la voie dorée en proposant un modèle économique auteur-payeur très lucratif que nous détaillerons. Notre deuxième dossier est centré sur les données de la recherche (page 39). Celles-ci ont pendant longtemps été négligées et ce n’est que récemment que l’on a pris la mesure de leur valeur pour la science. Leur préservation, leur gestion, leur partage et leur réutilisation constituent un nouvel axe de l’Open Access. Il est essentiel d’éviter que le phénomène d’accaparement des publications scientifiques par les éditeurs ne se reproduisent avec les données de la recherche. En France, la loi pour une République numérique a donc cherché à les protéger de l’avidité des grands éditeurs commerciaux. La diffusion et la réutilisation des données de la recherche ouvrent des perspectives nouvelles à la science et viennent modifier en profondeur les pratiques des chercheurs qui ont besoin d’être accompagnés.

Mais pourquoi avons-nous choisi de vous parler cette année du thème de la Science Ouverte ?

En tant que futurs professionnels de l’information et de la documentation, le mouvement de la Science Ouverte nous concerne tout particulièrement car :

  • Les professionnels de l’information et de la documentation ont eu un rôle politique de premier plan dans le mouvement de l’Open Access et ont encore un rôle politique déterminant à jouer pour permettre sa généralisation et l’avènement d’une ère de la Science Ouverte.
  • Les professionnels de l’information et de la documentation, de par leurs compétences, ont un rôle de médiation documentaire à jouer.
    Les réservoirs en information scientifique et technique en libre accès sur internet se multiplient, ce qui crée un phénomène de fragmentation du savoir. C’est là que les bibliothèques universitaires (BU) jouent un rôle de « passerelle vers les ressources électroniques » (Barthelemy et al,2016).
    Les bibliothécaires localisent les archives ouvertes et les revues en Open Access qui sont en adéquation avec les besoins du public de la BU, les signalent dans le catalogue et les valorisent.
  • Enfin, les professionnels de l’information et de la documentation ont une fonction d’aide et de support technique. L’Open Access rend nécessaires leurs compétences et est venu renouveler leurs missions. Ils accompagnent les chercheurs lorsqu’ils déposent leurs publications dans des archives ouvertes, ils permettent le suivi bibliométrique, ils numérisent et indexent des corpus, ils créent des bases de données et effectuent la maintenance des entrepôts institutionnels.

Comme l’explique le rapport « Moving towards an Open Access future : the role of academic libraries » publié en 2012, avec le développement de l’Open Access, le professionnel de l’information a un rôle de premier plan.
En effet, l’apport des BU reposera de moins en moins sur leur fonds mais dépendra plutôt des services et de l’accompagnement qu’elles fourniront aux étudiants et aux chercheurs : « Le professionnel de l’information sera la bibliothèque de demain ».

Sonia SALAMI, Constance PICQUE et Cédric MARION.

(*Retrouvez tous les éditoriaux et les anciens numéros)

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