En matière d’élection, tout est permis … ou presque

Le vote (sourece : Wokandapix, pixabay, 2016)
Le vote (sourece : Wokandapix, pixabay, 2016)

Éclairages. Terme bien connu aux États-Unis, le Big Data électoral fait son apparition en France lors de la campagne aux élections présidentielles de 2017. Une nouveauté attrayante qui n’est pas sans risque.

 

L’utilisation du Big Data dans les élections remonte en 2008 avec Nate Silver, statisticien américain sportif, qui avait dû compléter son analyse des sondages pour obtenir des prévisions quasi exactes annonçant Barak Obama, vainqueur de l’élection présidentielle des États-Unis. En 2016, c’est le logiciel, MogIA, créé par Sanjiv Rai en 2004 qui annonça Donald Trump président des Etats unis contre toute attente. Quelle est cette nouvelle méthodologie ? Qu’a-t-elle de particulier ? Et pourquoi prend-elle de l’importance aujourd’hui en France ?

UN CONTEXTE FAVORABLE A SON ESSOR

Trois facteurs sont responsables de son essor en France : la multiplicité des erreurs de prédictions des sondages, le remplacement des outils, méthodes et méthodologies traditionnels et surtout l’usage des réseaux sociaux.

En effet, la remise en question des méthodologies utilisées pour le sondage d’opinion et notamment lors d’élections ne date pas d’hier. Il est rappelé qu’en 2002, les instituts de sondage français avaient surestimé le vote en faveur de monsieur Le Pen laissant entendre qu’il pouvait passer au second tour. Malgré une marge d’erreur d’estimation, « les instituts n’auraient pas modifié leur méthodologie puisque le problème d’estimation d’intention de vote d’extrême droite resta entier en 2008 » confirmait Claire Durand dans son étude[1].

Outre, les méthodes contestées et contestables des instituts de sondage ou « les dix raisons qui expliquent que les sondages peuvent se planter » rappelait Tronchet, journaliste de France Info, dans son article[2], il faut retenir que les instituts de sondage ont cumulé les erreurs de prédiction sur une courte période : le oui des britanniques lors du référendum sur le Brexit, l’élection de Donald Trump aux États-Unis et dernièrement les désignations de François Fillon et Benoît Hamon lors des primaires en France. Cette situation a permis d’instaurer auprès des citoyens un doute avéré sur les sondages.

En même temps, sont présents sur le sol français des outils et des méthodes innovantes.

Pour répondre aux nouveaux enjeux de traitement de très haute volumétrie de données, les équipes de communication politique d’un candidat font de plus en plus appel à des nouvelles machines technologiques équipées de système de traitement innovant. Les outils classiques (ordinateurs, logiciels, outils et méthodes de communication, carnet d’adresse sur papier) sont remplacés par des plateformes web permettant une gestion moderne et mobile de la campagne du candidat. Les solutions spécialisées en Big Data ont « la capacité à traiter en temps quasi réel d’immenses gisements d’informations, de grandes masses de données structurées, semi-structurées, voire non structurées et disparates pour extraire de leur recoupement de nouvelles valeurs qui demeuraient jusqu’alors inconnues » ( Zolunski, 2015).

Enfin, les données permises par les réseaux sociaux permettent ainsi aux équipes de campagne du candidat d’analyser le comportement de l’électorat permettant ainsi au candidat d’adapter sa campagne selon les besoins de l’électorat à convaincre. Guenaëlle Gault, responsable numérique de l’entreprise Kantar Sofres, avait testé le Big Data lors des primaires de droite, en effectuant l’agrégation de données disponibles à partir de Facebook et de données publiques (commentaires, partage, like, …). Elle soulignait qu’il était possible d’obtenir des informations fiables. Il est rappelé que lors des élections, il y a l’électorat militant et sympathisant, c’est-à-dire ceux qui vont en principe voter pour le candidat et l’électorat potentiel, c’est-à-dire ceux qui font que le candidat peut gagner une élection.

Mieux comprendre qui fait partie de ce dernier électorat devient un réel avantage pour le candidat en lice.

Les solutions Big Data permettent ainsi de :

  • Identifier les électeurs perplexes ou susceptibles de changer d’avis
  • Sonder les tendances de ces derniers

Pour ainsi adapter leur discours.

Mashable de France24 rapportait fin 2016 que l’application Knockin avait été créée spécialement pour Nicolas Sarkozy, dans le but tout d’abord de localiser d’éventuels électeurs pour ensuite les convaincre de voter en sa faveur lors des primaires de la droite.

NOTES ———————————————————————-

[1] Durand Claire, « La méthodologie des sondages électoraux de l’élection présidentielle française de 2007 », Bulletin de méthodologie sociologique, pp. 5-17, n°97, 2008

[2] http://www.francetvinfo.fr/elections/sondages/election-presidentielle-dix-raisons-qui-expliquent-pourquoi-les-sondages-peuvent-seplanter_2102031.html

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